Chronique du Temps Perdu

                      Hyer    Yndex              
Comment je suis mort – 8 mai 2010

Je suis mort dans une piscine publique. Laissez-moi vous raconter comment c’est arrivé.

Je me baignais avec plein de gens que je ne connaissais pas. Malgré que nous ne nous connaissions pas, nous nous amusions ensemble,
nous parlions, nous riions, jouions à des jeux. Le décor autour de la piscine était indéfinissable. Il y avait une lumière chaude
mais diffuse, comme celle d’un soleil au travers d’un brouillard, mais sans brouillard. L’eau était d’un bleu laiteux, légèrement
brouillée, comme une eau de mer salée.

Un peu avant que je ne meure, les baigneurs ont formé un train en se tenant l’un derrière l’autre. En nageant, j’ai tiré ce train puis
l’ai lâché : le train a continué sur son élan jusqu’à l’autre extrémité de la piscine puis s’est défait. Chacun a plongé dans l’eau dans
un certain désordre, tels des dauphins joyeux. J’ai fait de même puis j’ai agrippé la jambe d’une jeune fille, lui ai donné une poussée
et j’ai fait une culbute sous l’eau, puis j’ai émergé. La jeune fille s’était assise sur le rebord de la piscine. Je lui souris mais elle
me regarde d’un air grave et me dit de ne plus jamais faire de culbute sous l’eau car, me dit-elle, son père est mort de cette façon.

Subitement, sans plus l’écouter, sans réfléchir, je me cambre et renvoie la tête en arrière et j’amorce une culbute renversée avec une
vitesse et une habileté que je ne me connaissais pas. Dès que j’ai la tête sous l’eau, à l’envers, je sens un picotement dans ma tête,
et je sais alors que de petits vaisseaux sont en train d’éclater dans mon cerveau. Quand le tour est complété et que ma tête est à
nouveau en position normale, je perds le contrôle de mes membres et je me sens glisser vers le fond. Devant mes yeux je vois un rideau
de sang qui s’élève en volute vers le haut. C’est le sang qui s’échappe de mon nez. C’est alors que je réalise ce qui m’arrive.

Je. Vais. Mourir.

À partir de ce moment, tout se déroule au ralenti. Je coule vers le fond et je me rends compte que je suis incapable de remonter
à la surface pour crier à l’aide. Je tome sur le côté et le monde s’assombrit lentement autour de moi, le bruit des bulles d’air que
je laisse échapper devient de plus en plus diffus, sourd. Je me sens partir, je perds contact avec le monde. Tout devient noir. Silencieux.

Je. Suis. Mort.

Je me réveille à ce moment précis. Je suis parcouru d’un très grand frisson. Je me réveille avec le sentiment d’avoir vécu ma propre mort.


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